SOLSTICE D’ÉTÉ 2026

#34

UNE MISE SUR ORBITE

GALERIE CONTEMPORAINE, CATHÉDRALE SAINT-MAURICE

Angers, FRANCE

8’18’’ Concepteurs lumière de l’équipe

MAÎTRISE D’OUVRAGE
Ministère de la Culture

MAÎTRISE D’ŒUVRE
ARCHITECTES MANDATAIRES
Agence Kengo Kuma & Associates

ACMH
Vincent Brunelle

© Anthony Perrot

La galerie de la cathédrale d’Angers, imaginée par l’architecte Kengo Kuma, a pour vocation première de protéger les sculptures polychromes de la cathédrale.

La symbolique de passage guide notre concept lumière. Le passage n’est pas envisagé comme un simple franchissement, mais comme un signe, un seuil révélé par la lumière. De jour, la lumière naturelle pénètre l’espace architecturé et accompagne la géométrie et le volume général. La lumière est douce, dorée, relevant la qualité de la pierre. De nuit, l’éclairage artificiel prend le relais. La lumière émane alors des conques, nichées et intégrées à la géométrie des voussures.

Deux grands objets lumière ont été créés pour accompagner ce nouvel édifice et mettre en valeur les sculptures polychromes. Conçus sur mesure par l’agence 8’18’’, réalisés par La Forge de Style pour la métallerie et équipés électriquement par l’entreprise Cegelec, ils répondent aux contraintes d’un espace clos tout en s’intégrant au rythme et à la géométrie de l’architecture.

Ils ont été pensés comme des fragments de voussures.

Posés en applique au sein des alcôves grâce à des inserts en maçonnerie, ces luminaires se détachent du sol à une hauteur de 4,50 mètres. Leur forme ovoïde et allongée affirme une cohérence esthétique avec le dessin de la galerie. D’une dimension de 2,60 mètres de hauteur et de 0,60 mètre de largeur, ils mutualisent un éclairage d’ambiance et un éclairage architectural de mise en valeur des sculptures.

Constitués d’une structure en inox micro-perforé, ils renferment une technologie LED miniaturisée, assurant à la fois un éclairage direct vers les polychromies et un éclairage indirect au sein des baies. Le graphisme induit par l’échelle et la densité des perforations enrichit ainsi le dessin de la coque extérieure pour une diffusion maîtrisée de la lumière.

Les faces avant et arrière de chaque luminaire ont été réalisées en une seule pièce couvrante afin d’éviter tout décalage de percement ou toute ligne de raccord visible. Cette conception assure une lecture fluide de la surface, sans rupture visuelle.

Les coques en inox ont été percées de manière à laisser passer le flux lumineux sans lecture directe des sources. La réalisation compte 8 620 percements à l’avant et 7 947 percements à l’arrière. Des plaques de PMMA vissées à l’intérieur des coques assurent une diffusion homogène de la lumière sur l’intégralité du portail.

Le motif a été travaillé selon une composition radiale associant des diamètres de 3, 4, 6, 7 et 8 millimètres. Cette variation de tailles enrichit la perception de l’ensemble, affine le graphisme et allège visuellement la présence de l’objet, évoquant la finesse d’une dentelle.


UN MOT DE LUMIÈRE

KENGO KUMA  

Architecte, Fondateur de l’agence Kengo Kuma & Associates

Relier l’être humain et la lumière par l’architecture.

Je considère que le dialogue avec la lumière est l’acte le plus fondamental pour l’être humain en tant qu’être vivant. C’est grâce à la lumière que cette espèce a pu appréhender son environnement, régler les rythmes de son existence et survivre dans les conditions exigeantes de cette planète qu’est la Terre.

Dans cette perspective, j’aimerais définir l’architecture comme un dispositif qui relie l’être humain à la lumière. Se relier à la lumière revient, en d’autres termes, à se relier à l’environnement.

Cet être vivant, si fragile, ne pourrait survivre s’il était continuellement exposé à la lumière directe ; c’est pourquoi il aime l’ombre. L’homme a fondamentalement vécu dans l’ombre et, depuis cet espace sûr, n’a cessé d’entretenir avec la lumière un dialogue riche et fécond.

Je pense que ce dialogue revêt essentiellement deux formes, deux formes que je mobilise constamment dans mon propre travail architectural.

La première est un dialogue avec une lumière dont toute la surface rayonne. J’appelle cela la lumière de surface (men hakkō). Cette expérience est proche de celle que l’on éprouve lorsque, depuis l’ombre, on regarde vers un extérieur baigné de lumière.

La seconde est un dialogue avec une lumière décomposée en particules. Je l’appelle la lumière ponctuelle (ten hakkō). À l’inverse du regard porté de l’ombre vers l’extérieur, elle correspond davantage à l’état de la lumière lorsque l’on plonge son regard dans l’ombre : les multiples particules présentes dans l’obscurité captent alors la lumière, la réfléchissent en scintillant, et font apparaître cette beauté particulière.

Les shōji japonais célébrés par Jun’ichirō Tanizaki dans Éloge de l’ombre constituent un exemple emblématique de lumière de surface. Mais les vitraux des cathédrales sont eux aussi une magnifique expression de cette lumière rayonnant par la surface. C’est pourquoi je n’apprécie guère les approches qui opposent de manière trop tranchée l’Orient et l’Occident. Certes, l’Asie orientale connaît davantage de précipitations ; on y passe donc plus de temps dans l’ombre, ce qui conduit naturellement à lui accorder une importance plus grande. Mais il s’agit d’une différence de degré plutôt que d’une opposition fondamentale.

L’exemple le plus typique de cette lumière ponctuelle qui décompose la lumière en particules est peut-être le luminaire suspendu. Le modèle même de la suspension réside dans les scintillements que la lumière naturelle fait naître au sein de l’ombre. Lumière artificielle et lumière naturelle ne sont pas des contraires : toutes deux poursuivent la même quête d’un dialogue serein avec la lumière.

La lumière décomposée en particules grâce aux arches en gradins que nous avons réalisées à Saint-Maurice d’Angers constitue également un exemple de lumière ponctuelle. À l’intérieur d’une cathédrale gothique, les multiples particules de pierre semblent elles-mêmes rayonner de lumière. Là encore, elles établissent un lien entre l’homme et Dieu — autrement dit, entre l’homme et la lumière.


UNE NOUVELLE HISTOIRE

FONDATION GIACOMETTI

Paris, FRANCE

8’18’’ Concepteurs lumière de l’équipe

MAÎTRISE D’OUVRAGE
Emerige, Nexity, NJJ

MAÎTRISE D’ŒUVRE
ARCHITECTES MANDATAIRES
Dominique Perrault Architecture

ACMH
Pierre-Antoine Gatier

PAYSAGISTES
Louis Benech

Vue aérienne vers le Grand Palais
© Dominique Perrault Architecture

8’18’’ a l’honneur d’avoir été choisi comme concepteur lumière pour les espaces muséographiques de la future fondation Giacometti à Paris en partenariat avec l’équipe de maîtrise d’œuvre emmené par l’agence Dominique Perrault architectes (avec Pierre Antoine Gatier et Louis Benech) et pour le compte du groupement Emerige, Nexity, NJJ.

Le projet d’éclairage de la Fondation Giacometti s’inscrit dans une philosophie lumineuse précise, directement inspirée de l’œuvre et de l’univers d’Alberto Giacometti.

L’intention première est de créer une atmosphère lumineuse sobre, lisible et généreuse, permettant une lecture juste et sensible des œuvres, sans effet spectaculaire ni démonstratif.

L’approche repose sur la mise en place d’une lumière diffuse, homogène et enveloppante, constituant le socle de l’ambiance générale. Cette lumière vise à rappeler la qualité de la lumière naturelle du jour, tout en garantissant un confort visuel optimal pour les visiteurs. Des rehauts lumineux, discrets et finement maîtrisés, viennent compléter ce dispositif afin de souligner certaines œuvres, détails ou volumes, sans jamais rompre l’équilibre général ni détourner l’attention de l’essentiel.

La question de l’ombre est aussi importante, l’ombre-relief pour les sculptures, l’ombre projetée qui est un dessin.

Les équipements d’éclairage retenus s’inscrivent dans une logique de discrétion et de légèreté : terminaux et systèmes de petite taille, intégrés avec retenue à l’architecture et aux espaces d’exposition, afin de préserver la primauté des œuvres et la clarté de la scénographie.